Argot et langue verte De Vermot aux mots verts / Richard Khaitzine

« Une odeur connue au seuil du numéro cent ».    

Georges Perec, qui possédait bien son Roussel ne demeura pas en reste. Souvenez-vous de La Vie Mode d’Emploi. Bartleboothe est assis devant son puzzle ; il vient de mourir ; sa main tient l’ultime pièce du puzzle, quasiment reconstitué, et sur lequel se dessine la silhouette, presque parfaite de la lettre X. Or, la pièce non posée affecte la forme d’un W, initiale de Winkler, le faiseur de puzzles. Il s’agit d’une petite vengeance posthume. Contraint de fabriquer, durant des années, 500 puzzles, destinés à alimenter la chimère d’un original, Winkler, on l’imagine sans peine, était en état d’overdose. Il a donc ourdi un piège implacable. Usant d’une fallacieuse et trompeuse découpe aléatoire des pièces, il a induit Bartlebooth à commettre une erreur fatale. Nous sommes au chapitre XCIX, lequel est suivi d’un épilogue qui, en toute logique porte le numéro C.  Il y est question, justement, de WC, d’un personnage que l’on accompagnait « jusqu’aux cabinets au fond du couloir ». Il convient de préciser que Bartlebooth, ayant été atteint d’une double cataracte, était devenu pratiquement aveugle. Il avait perdu cette Vue,  à laquelle Roussel consacra un rédhibitoire et  somnifère ouvrage. Tout était éteint… Bartlebooth ayant perdu la lumière, il ne pourra finaliser l’œuvre de sa vie ou Grand Œuvre. De ce qui précède, et des explications qui vont suivre, naturellement, les lecteurs et les perecquiens n’ont rien décelé, pas plus que le jury du prix Médicis.

Roussel et Perec n’étaient nullement des obsédés du « petit coin » et il faut croire qu’ils possédaient nécessairement un bon motif pour en arriver à souligner ces lieux où s’accomplit la triste liturgie physiologique : Sic transit gloria mundi. Pour comprendre, il est nécessaire d’établir le lien avec le mot « latrines », ou « lieux secrets », dont l’étymologie grecque « lathra » possède le sens de secrètement, en cachette, clandestinement, suggérant des réunions d’initiés, des débats secrets. C’est le moment de se souvenir que le terme anglais puzzle désigne, en français, une énigme, une devinette, mais qu’il signifie également embarrasser, embrouiller, enchevêtrer, une embrouille et tromper. Le losange ou rhombe, visible sur les œuvres d’art, invite à se méfier et à ne pas se fier au sens littéral. Cet art de la tromperie, à différents niveaux, le supposé François Villon, ainsi que démontré par Pierre Guiraud, y était passé maître. La langue de Villon, c’est le langage des voyous, un langage destiné à ne pas être compris des non initiés : en un mot l’argot. Or l’argot est également qualifié de langue verte parce que parlé par les enfants de Vénus et que ladite couleur est attribuée à cette déesse. Le coquillart, le jobelin sont des argots destinés à donner le change, à tromper l’interlocuteur ou les oreilles indiscrètes. Sous la plume de Villon, le verbe tromper est usité en sa forme ancienne : jober. D’ailleurs, l’expression enfants de Vénus était à entendre enfant de vanus, vanus en latin signifiant trompeur. Job, ou la tête possède la même étymologie que jober, et le facétieux Gaston Leroux s’en est souvenu lorsqu’il fit dire à Chéri-Bibi (moi je, en argot et traduction de l’ancien français men ys utilisé par

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